|
Intervention de
Jean-Luc Romero
XIIe Etats
généraux d'Elus Locaux Contre le Sida
24 novembre 2007
- Conseil régional d'Ile-de-France
« Discriminations
et précarité : le quotidien des
séropositifs »
Madame la
ministre
Madame la
députée
Mesdames
Mes chers
amis,
L'année
Avant tout chose
et avant de passer aux sujets qui fâchent
Entrons
maintenant dans le cour de mon intervention que j'ai souhaité centrer sur « discriminations et
précarité : le quotidien des séropositifs ». Cela fait 12 ans que les
Etats généraux ont lieu, 12 ans que j'y interviens comme beaucoup d'entre vous
et que je réagis sur de nombreux thèmes. Mais aujourd'hui je veux insister sur
un aspect de la lutte contre le sida qui me scandalise au plus haut point, qui
nous scandalise tous : les discriminations à l'encontre des personnes
touchées par le VIH/sida.
Les
discriminations et précarité envers les personnes touchées en
France
C'est sans doute
la question centrale
En France,
discriminations et précarité vont souvent de pair. Or la précarité vue comme une
conséquence des discriminations, a une incidence déterminante sur les soins. Il
y a de façon évidente une corrélation très forte entre soin social et soin
sanitaire. La démarche vers le soin ne doit pas être perturbée par la
non-satisfaction de besoins fondamentaux comme se nourrir, se loger, se vêtir..
Or aujourd'hui on ne peut que constater que les personnes séropositives vivent
souvent dans des conditions sociales précaires. Plus du quart des personnes
vivant avec le VIH/sida ont une invalidité reconnue ouvrant droit à des
prestations, principalement à l'allocation adulte handicapée soit 621 euros par
personne et par mois soit moins que le seuil de pauvreté . 43% des personnes
séropositives en âge de travailler n'ont pas d'activité professionnelle. Pire
47% d'entre elles ont moins de 760 euros par mois et 22% n'ont pas de logement
personnel. Ces chiffres font froid dans le dos. Imaginons la vie d'un malade, de
nombreuses questions se posent :
Quel accès aux
soins ?
La couverture
maladie universelle a été et reste une belle avancée qui a permis un accès aux
soins pour un grand nombre de personnes défavorisées.
Mais il est vrai
que son caractère « universel » n'est pas aussi universel qu'on nous
le laisse imaginer. Ainsi, les personnes en situation irrégulière, les
« sans-papiers » en sont exclus et sont dirigés vers l'aide médicale
d'Etat, dispositif régulièrement attaqué par certains responsables politiques
notamment à cause d'un coût qu'ils estiment trop lourd pour le budget de l'Etat.
Ces critiques sont infondées comme l'indique un rapport commun de l'IGAS et de
l'inspection générale des finances de 2007. Mais alors pourquoi ne pas, tout
simplement, fondre l'AME dans
Permettez-moi de
faire référence à deux sujets d'actualité. Le premier concerne la réduction des
risques en direction des usagers de drogue : ELCS est signataire de la
lettre ouverte adressée à l'initiative d'Act Up à Etienne Apaire, nouveau
président de
Le second sujet
d'actualité sur lequel je souhaite réagir est bien sûr les franchises médicales.
Sans juger l'ensemble du dispositif, je pense sincèrement que la franchise est
un obstacle à l'accès aux soins pour les malades atteints de graves pathologies.
Il est vrai que son montant est plafonné à 50 euros par an mais qui peut dire
aujourd'hui si son montant ne va pas augmenter d'ici quelques temps ?
Sincèrement je ne crois pas, et je sais que tu es d'accord Roselyne, que les
malades atteints d'une affection longue durée considèrent le médicament comme un
produit de consommation courante. Ils préféreraient bien souvent s'en passer. Je
crois sincèrement que leur imposer cette franchise aura des conséquences et
qu'il faut vraiment les exclure de ce dispositif.
Quel logement
pour les personnes touchées ?
Un chiffre :
22% des personnes séropositives n'ont pas de logement personnel.
Pourtant
Cette stabilité
est très compliquée à acquérir. Ainsi, l'accès au logement locatif dans le privé
est bien souvent impossible au regard des ressources de la personne et des
exigences des bailleurs (caution solidaire, dépôt de garantie.). Il reste donc à
se tourner vers le logement social mais, nous le savons tous, ils sont en nombre
insuffisant pour répondre à la demande de tous. Les dossiers individuels que
nous soutenons à ELCS avancent bien trop lentement ! C'est pourquoi il
faut, je crois, instaurer une priorité absolue pour les séropositifs et plus
globalement pour les ALD 30 et les personnes handicapées dans l'accès au
logement social. Cette discrimination positive est totalement
justifiée !
Se pose également
la question du maintien dans le logement en cas de baisse de revenus ou
d'hospitalisation. Il faut une vraie coordination entre tous les services pour
éviter à la personne de perdre son logement. Globalement, pourquoi ne pas
déclarer immédiatement le séropositif, les personnes atteintes d'ALD30, les
handicapés, inexpulsables tant qu'une autre proposition de relogement ne leur a
pas été faite ?
Sur les
hébergements transitoires comme les appartements de coordination
thérapeutiques : oui leur nombre a été augmenté mais actuellement, on ne
répond qu'à 10% des besoins. Bien trop peu ! Une augmentation massive du
nombre d'ACT doit être financée par l'assurance maladie.
Quelle place dans
le monde du travail ?
Le sida rend
l'avenir très incertain et reprendre un emploi est malheureusement souvent un
risque plus qu'une chance. Oui un risque ! Parce que si la personne ne
supporte pas la charge de travail imposée
à cause des effets secondaires des traitements
Quel projet de
vie ?
Avoir un prêt et
être séropositif : voilà un beau défi ! Bien évidemment, sur la forme,
je suis ironique. Mais pas sur le fond. L'accès à l'assurance pour les personnes
touchées dépend d'un régime conventionnel. La convention Belorgey qui n'avait
pas atteint ses objectifs a été considérablement améliorée par la convention
AREAS et je veux rendre hommage aux associations mais aussi à l'ancien Président
de
Les malades dans
les DFA : une situation intolérable
Depuis quelques
minutes, j'évoque des thèmes : le logement, le mode du travail mais je veux
maintenant faire un examen particulier de la situation dans les départements
français d'Amérique. En effet, je suis revenu il y a moins d'un mois d'une
mission organisée par le Conseil national du sida en Guyane et en Guadeloupe. Je
ne vais pas rappeler les chiffres que nous connaissons tous, ils exigent une
réaction urgente et vigoureuse des pouvoirs publics.
Mais j'ai surtout
été frappé par ce qui se passe dans les DFA : le mot discrimination y prend
tout sons sens ! Le sida y est ressenti comme une vraie honte et l'absence
de parole publique sur ce sujet ne fait que renforcer la stigmatisation.
Ainsi,
les personnes touchées par le VIH/sida ne peuvent pas prendre la parole sous
peine de mort sociale et d'exclusion. Un exemple : même dans les
associations de lutte contre le sida, aucune personne séropositive ne le dit
ouvertement en public ! Il y a un besoin urgent de mettre en place de
grandes campagnes permanentes contre les discriminations et pour l'acceptation
de la maladie. Les associations doivent d'ailleurs être beaucoup plus impliquées
dans ces campagnes. De même, l'homosexualité est un vrai tabou et les personnes
séropositives homosexuelles sont frappées d'une vraie double
peine.
Globalement en
France, on voit qu'il est difficile de dire sa séropositivité, je dirai même
plus difficile qu'avant. Plus difficile que lorsque j'ai appris ma propre
séropositivité, il y a 20 ans. Le dire revient à accepter bon nombre de
discriminations dans la vie quotidienne, que ce soit au travail ou en matière de
logement. La dicibilité de la maladie, pour reprendre l'expression de AIDES, est
un chantier prioritaire sur lequel nous devons tous nous
mobiliser.
La liberté de
circulation, des personnes touchées dans le monde : la peur intolérable du
malade
Au niveau
international, les discriminations sont nombreuses.
D'abord, l'accès
universel à la prévention et aux traitements n'est toujours pas assuré malgré,
il faut le reconnaître des avancées ces dernières années.
Mais j'aimerai
insister sur un problème que les autorités internationales laissent s'empirer
dans une grande indifférence : les restrictions discriminatoires à la liberté de circulation des personnes
touchées dans le monde. Ce combat, ELCS le mène depuis longtemps comme d'autres associations Act Up Paris
et AIDES.
Le
constat est simple mais dramatique : dans près de la moitié des Etats
membres de l'ONU, des mesures discriminatoires à l'encontre de la liberté de
circulation des personnes touchées par le VIH/sida sont appliquées. Dans 13 pays
dont les Etats-Unis et
Face
à cette situation, la première réaction est forcément l'incompréhension, voire
l'incrédulité : à l'heure de la mondialisation, voyager, s'installer dans
un autre pays est une chose normale et même recommandée pour l'ouverture
d'esprit, la connaissance d'autres cultures ou d'une langue
étrangère.
Mais bien vite
l'incompréhension cède la place à la colère, une colère légitime. L'existence de
barrières liées au statut sérologique VIH des voyageurs est intolérable :
en effet, comment accepter que plus de 32 millions de personnes soient privées
de leur droit élémentaire de libre circulation du seul fait de leur état de
santé ? Comment accepter, par exemple, que les personnes séropositives ne
puissent légalement se rendre au siège des Nations Unies, situé à New York, donc
dans un pays qui refuse l'entrée aux personnes séropositives, alors que l'ONU a
pour mission de promouvoir le respect des droits de l'homme au niveau
mondial ? Le séropositif n'est ni un criminel, ni une menace à l'ordre
public !
Sur ce
sujet
Globalement, ce
grave problème me paraît très révélateur : aujourd'hui on n'a plus peur du
malade que de la maladie. Faudrait il rappeler que le sida n'est pas contagieux
et que nous avons les moyens de nous en protéger ?
Ce combat sera
encore long mais il peut être gagné avec l'appui de tous. Et franchement, Madame
la ministre, chère Roselyne, on a vraiment besoin de vous - on a besoin de
toi ! - sur ce dossier pour persuader le Président de
Conclusion :
En théorie je
devrais conclure par des mots d'épuisement et d'inquiétude notamment avec les
élections municipales qui s'approchent car on sent - pourquoi le nier ? -
un désintérêt croissant des élus. Mais je préfère terminer par des mots
d'amitiés et d'affection envers la personne qui nous fait le grand plaisir
d'accepter de conclure notre matinée et je sais que sa tâche n'est pas
facile : Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, de la
jeunesse et des sports.
Chère Roselyne,
t'avoir à mes côtés ce jour me rappelle qu'il y a plus de 12 ans, tu étais déjà
avec moi lors de la création d'Elus Locaux Contre le Sida. Tu as été l'une des
premières à croire en cette association et je n'oublie pas non plus que la
veille du lancement de l'association au siège de l'Association des Maires de
France, tu étais avec moi en train de préparer le discours ! Ce sont pour
moi - et pour toi j'espère
aussi ! - de beaux souvenirs, des souvenirs de militants de la lutte contre
le sida.
Même si
aujourd'hui, il est aussi de mon devoir de t'alerter de nos inquiétudes.
Je le fais avec
confiance mais aussi avec insistance.
En cette période
difficile pour les personnes séropositives

| ||||
|
|
|
| copyright 1997/2008 © tous droits réservés citegay.com citegay.fr |